JEAN YVES LELOUP

Red Bull Studios Paris Mixtape : Jean Yves Leloup & Laure Milena

Jean-Yves Leloup est un auteur, journaliste, DJ et artiste sonore français. Il a suivi l’évolution de la musique électronique depuis son émergence en Europe à la fin des années 1980. Témoin privilégié de l’évolution de la scène électronique, il s’intéresse parallèlement à l’art contemporain, aux technologies numériques et au sound design.
 

Tu es connu pour ton travail de sound designer avec Éric Pajot sous le nom de RadioMentale, mais c'est pour un autre projet que tu es venu travailler au studio, lequel ?
Jean-Yves Leloup :
Je suis venu au studio pour finaliser le mixage d’un remix  ambient/electronica de « Silbo », un titre (et un mini-tube) du chanteur français, Féloche, que j’ai réalisé avec la musicienne, chanteuse et artiste sonore, Laure Milena. Pour la petite histoire, j’ai entendu plusieurs fois ce titre sur les ondes de France Inter et Radio Nova, et j’ai une nuit rêvé que je le remixais. En effet, ce récit mi-parlé mi-chanté, dans lequel ce chanteur français évoque ses souvenirs sur l’île de la Gomera (et notamment la manière dont ses habitants peuvent communiquer à l’aide de sifflements imitant le chant des oiseaux) nous a beaucoup touché. Au réveil, j’ai contacté le label de l’artiste, Ya Basta, pour leur raconter mon rêve et obtenir les pistes séparées de « Silbo » ! Philippe Cohen-Solal, qui dirige le label, qui est un ami et qui a produit l’album, m’a justement dit qu’il croyait lui aussi beaucoup à la puissance des rêves. Par la suite, et selon mon rêve, l’idée était de transformer cette chanson en une forme de paysage sonore, naturaliste et immersif, tout en insistant sur ce rapport entre l’homme et l’oiseau, le chant de l’un et le chant de l’autre. Ces dernières années, je me suis beaucoup intéressé à l’influence du monde animal et de l’environnement naturel sur la musique. C’est un sujet qui passionne aussi Laure Milena. Le remix fonctionne d’ailleurs un peu comme le remix précédent que nous avons réalisé pour le single « Fire & Rain », d’Acid Washed. Et j’aimerais continuer sur cette lancée et remixer, façon « paysage sonore » toute une série de titres.

Tu es une des premières personnes que j'ai entendu jouer de l'ambient au début des années 90, tu n'as jamais cessé de t'intéresser à ce genre qui semble traverser les modes sans jamais perdre sa singularité. Comment a évolué ton rapport à cette musique depuis cette époque ?
Jean-Yves Leloup :
C’est une musique qui me plaît et me passionne d’abord parce qu’elle joue sur mon tempérament. Je crois en avoir besoin pour mon équilibre psychologique. J’ai un rapport finalement très fœtal et primaire à cette musique… L’ambient me permet de mieux vivre et de mieux percevoir le monde qui m’entoure. Mais attention, je le vois plutôt comme un genre musical qui questionne notre environnement. C’est très différent du new age qui a toujours d’abord affiché ses vertus thérapeutiques et relaxantes. Au début des années 1990, l’ambient a été entièrement revisité par des personnalités comme KLF ou Aphex Twin, tout en faisant le lien avec la musique de Brian Eno, mais aussi toute la vague que l’on disait planante des années 1970, avec des groupes comme Tangerine Dream. C’est ce lien qui me plaisait à l’époque : c’était un genre qui se renouvelait profondément tout en s’inscrivant dans l’histoire de la musique. Au fil des années, j’ai agrégé à cet intérêt pour l’ambient, celui pour l’art sonore et ce que l’on nomme désormais le field recordings, les sons de la nature ou de notre proche environnement. L’ambient est finalement un genre un peu cannibale, on peut lui greffer beaucoup d’autres pratiques, comme la poésie sonore, le dub, des éléments venus de la musique concrète, etc.

Est-ce que la dématérialisation des rapports sonores a affecté ton rapport à la musique ?
Jean-Yves Leloup :
Certainement. L’omniprésence de la musique, qui a été accentuée par sa numérisation, me fait porter un autre regard sur la musique, en tant qu’auteur et journaliste. Je me passionne désormais pour de nombreux usages culturels et sociaux de la musique, que l’on évoque la présence de musique dans les rites funéraires ou la redécouverte de différents patrimoines oubliés. Et puis, cette omniprésence de la musique, ainsi que l’augmentation de la production, m’ont aussi poussé, paradoxalement, à jeter une oreille plus attentive aux paysages sonores qui nous entourent, qui peuvent alors fonctionner comme une forme de refuge face à cette masse de musique numérisée qui inonde les réseaux sociaux et notre quotidien.

Vous avez eu la gentillesse de nous faire un mix, qu’y a-t-il dedans ?
Jean-Yves Leloup : Avec Laure Milena nous avons travaillé sur un mix, mêlant certains de nos remixes, des compositions personnelles et des musiques d’artistes qui travaillent justement sur cette notion de paysage, de profondeur, de spatialisation. Un voyage immersif au cœur du son…

http://soundcloud.com/jean-yves-leloup
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Jean-Yves Leloup & Laure Milena "Playgreen Live & Mix" (for Red Bull Studio Paris) by Jean-Yves Leloup on Mixcloud