TURZI, porter, placer, imaginer, brancher

paris editor / July 07, 2014

Surgi de Versailles après une adolescence passée à expérimenter tous azimuts, plongé dans une discothèque électronique et rockée, Romain Turzi a fini par comprendre : l’important n’est pas la musique du passé mais la manière dont elle a été faite. Ce n’est donc pas tant le son que la philosophie du Krautrock qui importe. Brusquement, Turzi échappe alors aux étiquettes, pratiquant une musique inquiétante et secrète qui fouille les recoins de l’expérience contemporaine, entre un psychédélisme noirci ou cette pop savante hérissées d’acides de synthèse qui piquent les yeux. Une musique ancrée dans l’hier mais déjà prête pour demain. Comparse de Reboniti au sein du Code Napoléon, mais comparse de lui-même au sein de ses propres projets (Turzi Electronic Experience, entre autres), sa musique réinvente, détourne et contourne un patrimoine, tantôt marquée par un Tangerine Dream version 80’s, un Jarre post-Equinoxe, Crétu ou KLF. Sans jamais dévier de ces obsessions quasi-maléfiques, il ouvre, album après album, un territoire et des mouvements que personne n’avait osé entrevoir. Turzi répond à nos questions après une session d'improvisation analogique au Red Bull Studio Paris.

Tu es venu travailler au studio, seulement accompagné d'une montagne de machines. Remplacent-elles ton groupe ? Quelles relations entretiens-tu avec elles ?
Romain Turzi :
Je suis effectivement venu avec mes machines et non des hommes car mon batteur s'est cassé le bras et j'ai toujours du mal à envisager des sessions de groupe sans un mec pour cogner les fûts. J'espère qu'on pourra trouver un créneau avant la fin 2014 pour palier à cela.
Je n'entretiens pas de relation particulière avec mes machines, nous faisons chambre à part depuis un certain temps. Aujourd'hui je les considère comme ce qu'elles sont réellement : des machines esclaves qui ne rechignent pas à la tache, qui sont à l'heure en repét’, ne renversent pas de canettes sur la moquette et qui ferment leur gueule quand on appuie sur un bouton, jusqu'à nouvel ordre.
Sur ces bases saines, je fais donc coexister une trentaine d'outils qui ont fait l'histoire de la musique électronique : des modules analogiques semi-modulaires "system 100" Roland dont j'ai hérité de Tim Blake (1976) à l'Emulator II (1984) un des premiers samplers qui a mis au chômage bon nombre de musiciens dits "de séance" jusqu'au récent Séquenceur matriciel "Tenori-on" de Yamaha qui pilote l'ensemble de l'arsenal qui m'entoure, en passant par les inévitables TB-303 et TR-808 qui ont fait les grandes heures de l'acid house.
Cela dit, cela ne serai rien sans une bonne vieille Fender Jazzmaster maltraitée selon les règles du Rock indé US des 90's.

Brancher, jouer, improviser, éditer : Peut-on résumer ainsi la teneur de ces sessions ? Quelles sont selon toi les limites de ce procédé ?
Romain Turzi : Porter, placer, imaginer, brancher... Réfléchir, boire l'eau du taureau, et ensuite jouer, se laisser porter sans réfléchir, improviser donc, enregistrer pour ne pas perdre la primeur d'un morceau construit sur l'instant, cette "magie" est si dure à reproduire qu'il a été pour moi très agréable de ne pas avoir à me soucier de la logistique relative à l'enregistrement. Les conditions sont super, l'ingénieur ultra réceptif et compétent et le facteur stress (l'horloge qui tourne) est à zéro. J'ai donc entre mes mains trois jours de sessions allant d'une new age associée à des pulsions gabber, d'une electro froide parfumée au shoegaze.
"Editer", voilà le maitre mot, je suis en plein dedans, cette phase de réécoute est évidemment la plus difficile car il faut trancher/trier/jeter/mettre de côté et imaginer une histoire plausible, construite autour de ces plages instrumentales. J'ai 'intention d'en faire un 40 minutes sans ajouter des fioritures, en privilégiant ce qui s'est crée sur l'instant, fidèle à ces sessions donc. Les limites de ce procédé seraient de tout laisser dans un tiroir sans passer par cette étape décisive de mix, ou d'être tenté de tricher en ajoutant des tonnes de trucs...

Tu as gentiment accepté de nous livrer un extrait de ces sessions, peux tu nous en dire plus sur ce morceau ?
Romain Turzi :
Disons que c'est un extrait à chaud, 4 minutes parmi 20 sur ce thème qui joue sur l'opposition d'une rythmique lente (80bpm) et rapide (160), j'aime assez le fait que l'infra basse FM marque le temps et qu'au contraire, le pied de la boite à rythme bat sur tout les temps à la façon d'une basse. Pour moi c'est à la fois reposant et tendu tout en gardant sans cesse une demi retenue pour ne pas rentrer dans l'évidence d'un morceaux jump ou gabber. C'est le genre de pulsation que je trouve entrainante, qui me donne envie de crawler dans une piscine comme un demeuré ou de courir des heures durant dopé à la taurine dans une forêt sombre.

Pour finir peux tu nous conseiller trois vidéos qui t'ont influencé ?
Romain Turzi :

Les motards

Les chauffards

Les froussards