SVENGALISGHOST : RED BULL STUDIOS PARIS SESSION FREE EP DOWNLOAD

paris editor / January 26, 2016

Un producteur, une semaine de studio pour boucler un EP exclusif téléchargeable gratuitement : voici la recette des Red Bull Studios Paris Sessions. Après Feadz, Pépé Bradock, Darius, French Fries & Bambounou ou Low Jack, c’est au tour du maître de la « voodoo house » - le bien nommé Svengalisghost - de s’y coller. Nous avons demandé au journaliste Olivier Lamm de vous présenter ce musicien sauvage.. (english version below !)

« On n’apprendra rien au lecteur en lui disant que la house music pédale dans la même semoule que le rock ou le jazz depuis quelques années. Peu importe le coupable, Internet, les comebacks, les rééditions qui nous pleuvent dessus - le fait reste qu’il n’y a jamais eu autant de connaisseurs des labels et artistes les plus obscurs de la longue histoire de la dance music mais que les revivalistes n’ont jamais autant été écoutés. A cause des compilations et des trésors qui n’en finissent plus d’être téléversés sur YouTube, on en oublierait presque que la plupart des maxis de house qui arrivent chaque semaine dans les bacs des disquaires creusent un sillon vieux de trente ans. On confondrait presque Svengalisghost, surtout, avec un artiste de musique expérimentale. On se tromperait alors complètement : Marquis Cooper n’est ni plus ni moins qu’un producteur de house music de son temps, qui a retenu de la house des origines un esprit plutôt qu’un son de boîte à rythme, un sample idiot ou une liste de passages obligés.

Originaire de Chicago, fils d’un collectionneur de disques indirectement lié à l’organisation de parties endiablées qui lui a légué ses premiers maxis de disco, Cooper a grandi les deux pieds dans le creuset de la house. De gré ou de force, la bande-son de sa jeunesse n’était que new beat belge, disco d’italie, musique industrielle du monde entier. Puis c’est le virus acid, inoculé un beau jour de 1987 à la scène par le banger expérimental Acid Tracks, qui l’a lancé sur la piste. Après s’être frotté à la fête en organisant des loft parties plus ou moins légales dans le Chicago ingrat des 90’s, c’est à New York que ce fan du DJ casse-cou Ron Hardy a appris les rudiments de la production avec son compère SSPS, avant d’entamer une heureuse errance qui l’a mené du Mexique à l’Europe (il zone présentement en région parisienne) et largement contribué à épaissir le propos de sa dance mutante.

L’autre grande source d’inspiration de Cooper, ce sont les films et les livres qu’il consomme en quantités industrielles. Trouvé la veille de sa première performance live, l’étrange blaze Svengalisghost vient d’une lecture de Trilby, bestseller néo-gothique emblématique de la fin du XIXème écrit par un ami de Henry James (le franco-britannique George du Maurier) auquel on doit le terme désormais commun de “svengali”, figure démoniaque qui manipule un ou une artiste à des fins malfaisantes. Svengalisghost de son côté, ne manipule que lui-même, ou peut être ses petites machines merveilleuses qu’il utilise à l’exception de tout autre matériel plus perfectionné (au hasard, l’ordinateur). Ou peut-être est-il l’artiste manipulé par ses svengali-machines et les fantômes qui s’y cachent,  les fameux “ghosts in the machine” ? Peut-être parce qu’il est un expérimentateur insatiable, peut-être aussi qu’il s’en méfie, parce qu’il Marquis Cooper vide les cartes mémoires de ses machines à peu près aussi souvent qu’on l’invite à venir jouer quelque part. Et attrape le micro dès qu’il peut pour insuffler du souffle, de l’âme, de l’humanité malgré tout dans ses étranges constructions de funk en fusion et de percussions caverneuses.

En tout cas obsédé par la sauvagerie, l’exigence et la liberté, Cooper a fait la folie de faire de son projet live le seul projet digne d’existence de tous ses projets musicaux, et fini par croiser la route de Ron Morelli, patron de L.I.E.S. et chef de file d’une véritable internationale de producteurs en quête d’émancipation, tous en recherche de la flamme qui ranimerait une dance music en voie de gentrification. Bingo : entre les mains de Svengalisghost et de quelques autres, la house a non seulement repris des couleurs, mais une raison d’être face à l’adversité. Qualifiée ici ou là de sombre, industrielle, paranoïaque, la house de Svengalisghost est surtout en perpétuel recherche de renouvellement et d’identité. En d’autres termes, elle est vivante. Toute la musique des années 2010 ne peut pas en dire autant. »

Quelles ont été tes influences musicales ?
Svengalisghost : J’ai eu la chance d’avoir un père dont la sélection en matière de musique était très vaste. Je pense que c’est parce qu’il était DJ lui aussi. Pas dans des clubs, mais lui et mon oncle avaient une équipe de production qui s’occupait des photos et de la musique pour les réceptions qu’ils organisaient dans le cadre d’un club privé dont ils faisaient partie. En gros, tout le monde versait une somme mensuelle pour faire des fêtes aux quatre coins de Chicago. Donc, gosse, j’ai écouté de tout : des classiques de la soul à l’Italo-disco, en passant par le rock progressif, le funk et bien entendu le blues. Et, en tant qu’enfant des années 80, entre la radio et les soirées, j’avais accès à de la techno en provenance de Belgique, France et Italie. Et puis, surtout, il y avait les cassettes que l’on se prêtait dans notre groupe d’amis.

D’où vient « Svengalisghost »?
Svengalisghost : En fait, le nom Svengali est tiré de ce roman français du 19ème siècle, « Trilby » (série de romans pour enfants, Les Trilby, écrite par T. Trilby, de son vrai nom Marie-Thérèse de Marnyhac, NDLR). Svengali, c’est le professeur de musique malfaisant qui contrôle l’esprit de ses élèves grâce à l’utilisation de techniques mentales, afin de les ruiner financièrement. Une fois parvenu à ses fins, il les force à se jeter dans la Seine. Il trouve un adversaire à sa mesure en la personne d’une jeune femme dont il tombe follement amoureux, mais qui ne l’aime pas en retour. C’est Svengali qui s’aime lui-même, en fait. A la fin, c’est le contrôle qu’il exerce sur elle qui le tue. J’y ai vu comme une métaphore de mon envie de m’échapper du monde contrôlable du studio et d’aller éprouver celui, plus risqué, de la performance live. Le fantôme de Svengali réalise qu’on ne peut pas toujours tout contrôler, et que c’est ok.

Ta voix semble représenter une part importante de ta musique, penses-tu que la musique électronique manque d’organicité, d’interaction humaine ?
Svengalisghost : Oui, je pense que ça fonctionne bien pour moi car je suis très influencé par la scène industrielle et EBM et je mélange tout ça dans une sorte d’univers techno-industriel. Mais je crois que la techno, au sens pur, devrait être inhumaine (il rit). C’est juste que je ne suis pas un puritain.

Comment s’est passée cette session d’une semaine ?
Svengalisghost : La session a été spectaculaire. Je n’ai jamais travaillé dans un studio d’enregistrement professionnel, donc c’est un rêve qui se réalisait. Le son était irréel, je n’avais jamais obtenu une telle pureté. J’ai tout simplement installé mon équipement et tout connecté à la table de mixage. J’ai demandé aux techniciens d’insérer certains de mes effets en cohésion avec ceux du studio. Après, j’ai improvisé, jusqu'à ce que quelque chose avec un bon groove existe. Ensuite j’ai appelé le technicien, nous avons appuyé sur « enregistrer » et je ne faisais qu’une ou deux prises par morceau. Nous avons fait ça pendant trois jours, le quatrième nous avons tout écouté, fait quelques révisions et fait le mix sur l’ensemble.

Peux-tu nous parler des morceaux que tu as produits ?
Svengalisghost : En gros, je voulais des morceaux allant de 90 bpm à 123 bpm pour couvrir les bases. J’avais quelques paroles ou des bribes de couplets sur mon téléphone, et j’ai sélectionné Crawl My Way parce qu’au moment où j’ai entendu ce beat, j’ai tout de suite visualisé comment l’ajuster au tempo lent que j’avais en tête. The Streets of Blood a été construit autour d’un extrait de documentaire sur la brutalité de l’Armée Romaine à l’instant où ils pénètrent dans une ville conquise. Le dernier, Napalm Love, part d’un jam rough, pour lequel nous avons fait une unique prise.

Rendez-vous dans quelques semaines pour la Red Bull Studio Paris Session de Tom Trago.

English version

One producer, one week’s residency at Red Bull Studios Paris, one EP for free download: this is how it’s done at Red Bull Studios Paris Sessions. After Feadz, Pépé Bradock, Darius, French Fries & Bambounou and Low Jack, it’s ‘voodoo house’ master, the aptly styled Svengalisghost, who takes a turn. Journalist Olivier Lamm presents this wild musician. French version available below !

Readers are surely already aware that house music has been stagnating in the same pool as rock and jazz for some years now. Irrespective of the cause – the internet, tireless comebacks, or a steady hail of reedits – the fact remains that while there has never been as many connoisseurs of labels or obscure artists in the long history of dance music, revivalists have never been paid so much attention. Thanks to the endless flow of compilation and rarity uploads on YouTube, one could almost forget that the majority of house maxis filling record shop shelves each week are siphoning 30-year-old reservoirs. Indeed one could confuse Svengalisghost with an experimental music artist. But one would be completely wrong: Marquis Cooper is nothing more, nothing less, than a house music producer of his hour. But rather than a rhythm box, an inane sample or a list of essential sequences, he conserves the fundamental spirit of house music’s origins.

From Chicago, the son of a record collector involved with the city’s raging party scene, and who would bequeath his son his first disco maxis, Cooper was to be raised from within the melting pot that was house. Whether he liked it or not, the soundtrack to his youth was drawn from Belgian new beat, Italian disco, and industrial music the world over. It would be the acid virus that really set him on his way, injected as it was, one fine day of 1987, by the experimental banger Acid Tracks. After courting the night-life by organizing barely legal loft parties in the gritty Chicago of the 1990s, it would be in New York that this fan of the devil-may-care DJ Ron Hardy learnt the rudiments of production from his compere SSPS. Then a period of fortuitous wandering would lead him from Mexico to Europe (he’s currently tethered to greater Paris), fattening the substance of his hybrid dance.

Cooper’s other great sources of inspiration are the films and books that he consumes in industrial quantities. Picked up the day before his first live performance, the odd moniker Svengalisghost was transposed from Trilby, George du Maurier’s late 19th century neo-gothic masterpiece to which we owe the term ‘Svengali’, a demonic character that manipulates artists to wicked ends. Svengalisghost, on the other hand, manipulates nobody but himself, save perhaps for his little wonder machines that he swears by, to the exclusion of any other more refined contraptions (say, a computer). Or is he an artist manipulated by his svengali-like machines and the spirits they harbor, the so-called ‘ghosts in the machine’? Perhaps because he is an insatiable experimenter, or perhaps because he’s wary of them, but Marquis Cooper wipes the memory of his machines almost as often as he’s invited to perform somewhere. And he grabs the microphone whenever possible to imbue both breath and soul, some humanity in the face of it all, with his strange constructions of funk and fusion with their cavernous percussions.

In any case obsessed with the savage call of freedom, Cooper decided to jettison all his work in exclusive favor of his live project, and would end up meeting Ron Morelli, founder of L.I.E.S and head of a veritably international pack of producers in pursuit of emancipation, all eager to find the flame that will revive a dance music in threat of gentrification. Bingo: in the hands of Svengalisghost and several others, house has not only rediscovered its voice, but also a reason to face adversity. Described variously as dark, industrial or paranoiac, Svengalisghost’s house is undoubtedly a perpetual search for rebirth and for identity. In other words, it is alive. All the music of the 2010s can hardly say as much.

How did you grow up musically ?
Svengalisghost : I was pretty lucky to grow up with a father who had a wide range of music. I think this was also because he was a DJ as well. He wasn’t like in clubs but he and my uncle had a production crew that did the photography and music for events that they curated via a member club that they belonged to. Basically everyone put in monthly payments to throw parties at various locations in Chicago. So as a kid I was hearing everything from soul standards to italo disco, prog rock, funk and and blues of course. And as a kid in Chicago during the 80’s I began to be exposed the danceable electronica that was coming Belgium, France and Italy via the radio stations and the parties that I was attending as well as the cassette that were being passed around try circle of friends.

What is the meaning of "Svengalisghost" ?
Svengalisghost : Basically the name Svengali came from this 19th century French novel called Trilby. Svengali was nefarious music teacher who used to control debutantes through mind control techniques until they were exhausted financially. He would then command them to jump in the Seine. Eventually he met his match in a girl that he really loved but who could never love him. It was just Svengali loving himself. At the the end his control over her killed him. I took this as a metaphor for my move out of the controlled world of the studio into the uncertain environment of live performance. So Svengali ghost realises you cannot control things in life and that is that is okay.

Your vocals seems to be an important part of your music, do you think that techno music is lacking organic, human interaction ?
Svengalisghost : Yeah i think it works for me as i am influenced by the industrial and EBM scene and somehow mix that into more of a techno industrial world, but i feel techno in the purist sense should be inhuman. hahah just am not a puritan.

How did this one week session went ?
Svengalisghost : The Session was awesome. I never have been in a professional recording studio so it was a dream come true. The sound was surreal, I had never experienced that kind of clarity. Basically I set my gear up and then connected everything to the mixing desk. I asked the engineer to patching some effects of mine in conjunction with the studios outboard effects then I just started jamming until something happened that had a groove. I then called in the engineer and we hit record and I would do one or two takes of the track. This continued for 3 days and on the 4th
we listened to everything and did some edits and mixed everything down.

Can you tell us a little bit about the tracks you produced ?
Svengalisghost : Basically I wanted tracks that ranged from around 90 bpm up to 123 Bpm to cover all bases.  I had some lyrics or short verses on my phone and I chose Crawl my Way out as I was something I could visualise at the moment I heard this beat I was doing and fit the slow tempo I had in mind. The Streets of blood was based around a sample of this documentary on the brutality of the Roman Army when they entered a conquered city. The final one Napalm Love was a rough jam that we just recorded in one take.

To be continued in a couple of months for Tom Trago’s Red Bull Studio Paris Session.