RED BULL STUDIOS PARIS SESSIONS #1 : LOW JACK

paris editor / January 30, 2015

A producer, a one-week residency at the Red Bull Studios Paris, and a free downloadable session. France’s Low Jack inaugurates the concept.

French version below

What used to be called industrial music by those on the radical fringes of ’80s post-punk is surfacing again in the techno sphere and beyond. French producer Low Jack (aka Philippe Hallais) – who has been praised by some of today’s most prominent labels (In Paradisum, L.I.E.S., TTT, Delsin) – now seizes control over this rich heritage. His goal is not to take it back to basics and produce something you’ve already heard, but to take classic industrial aesthetics to the next level, extending the trance experience using raw, sharp and rough sounds.

Besides being a dedicated hip-hop and house crate-digger, he’s also a convivial, fun-loving gourmet, as eager to taste a new organic wine as he is to discover lost musical treasures. (Born in Honduras and raised in Brittany, between Nantes and Rennes, Hallais was bound to become a French cheese specialist – a passion he never gave up.) Philippe approaches sound like an alchemist, aligning the earth and the ether, mixing the origin with the destination. The transformation process is almost more important to him than the final result; he dissects, twists and prunes sonic material into patterns he repeats like mantras.

Low Jack has always been about crossing boundaries, challenging trends and appearing where you wouldn’t expect – assume what he is without paying attention to what he should be. This is exactly what his Garifuna Variations (L.I.E.S., 2014) illustrates as it emulates the music of an insular tribe of the Caribbean. This is also what distinguishes Editions Gravats, the label he founded with comrade Jean Carval; its first three records – Gravats, Zaltan and Black Zone Myth Chant – thwart the technoise traps.

Low Jack has earned a reputation for his uniqueness, keeping one foot in club culture and the other in abstract experimentation. On one side, you’ll find the influence of Bunker Records’ acid-industrial years, sinusoidal blasts by Pan Sonic, Cristian Vogel’s shifted techno, and esoteric grooves by George Issakadis, plus Dancemania records and assorted other ghetto house, East Coast hip-hop, and funk leftovers. On the other, bullet-shaped noise music, ethno-shamanic trance, punk improvisations, post-industrial ambient, drone and power electronics. You’re bound to hear anything but tiny and conventional club music, which you can sometimes catch in his sets but which he’s quite unable to produce by himself.

His own tracks are typically built around a personal rhythmic frenzy, mostly designed for introspective and deep listening, drawing their magic from the master’s deep Central American roots. Obsessive rhythms, the rumbling sounds of an aircraft, venomous and helicoid frequencies: Low Jack’s music seems to have less to do with techno than a primitive and organic trance, where Afro-Cuban polyrhythms replace the metronomic beat. Uplifted by infrabass grafted onto interference and interplay back and forth with a heady marimba loop, his track FM Sticks has a Francis-Bebey-meets-This-Heat kind of feeling; it’s something you’d get some cold sweat trying to categorize. Parts 1 and 2 of his “Sticks Joint “evolve around a drum major and some rhythmic sub-sections respectively, both progressively corroded by tides of lost frequencies and neverending variations of tone and amplitude.

On these three bewitching tracks, Low Jack breaks listening conventions, developing a sonic landscape at the crossroads of cosmic jazz, musique concrète and shamanic ritual. Arid and dry like the cracked ground of a desert, haunted by disturbing voodoo charms, this percussively hypnotic session inaugurates the Red Bull Studio Paris Sessions.

French version

Ce qui occupait les franges les plus radicales du postpunk dans les années 1980 sous la désignation de "musique industrielle" refait aujourd'hui surface dans la sphère techno et bien au-delà. Sollicité par les labels les plus en vue du moment (In Paradisum,  L.I.E.S., TTT, Delsin…) le français Low Jack - Philippe Hallais de son vrai nom - s’est emparé de ce riche patrimoine, non pour faire machine arrière et tomber dans un mimétisme convenu, mais pour se réapproprier certains de ses paradigmes esthétiques et les porter à leur paroxysme: il s'agit toujours de prolonger l'expérience de la transe en usant de sonorités dures, rêches et lancinantes.

Originaire du Honduras, Philippe grandit en Bretagne entre Nantes et Rennes et se destine à devenir affineur de fromage, une passion à laquelle il n'a pas renoncé. Car en plus d'être un invétéré « crate digger », tombé dès son adolescence dans le chaudron du hip-hop et de la house, c'est un bon vivant et un fin gourmet, capable de s'exalter sur un vin naturel autant que sur sa dernière trouvaille musicale. Rien d'étonnant à ce que Philippe soit autant arrimé au terroir: il y a quelque chose d’alchimique dans sa façon d'appréhender le son, de faire converger la terre et l'éther, l’origine et la destination. Plus encore que le résultat final, c'est le processus de transformation auquel il semble surtout attaché, cette manière de s'approprier n’importe quel matériau sonore pour le disséquer, le distordre et l'élaguer jusqu'à en extraire un motif sonore répété comme un mantra.  

Le credo de Low Jack, c’est avant tout de sortir des sentiers battus, de prendre le contrepied des tendances, de ne jamais être là où on l'attend – en bref, d’affirmer une identité qui lui est propre et de ne pas céder au goût du jour. A cet égard, son disque Garifuna Variations (L.I.E.S., 2014), émulant la musique d'une peuplade insulaire des Caraïbes, était une vraie réussite. C'est le même souci de briser les codes qui caractérise Editions Gravats, le label qu'il a monté avec son compadre breton Jean Carval et dont les trois premières sorties (Gravats, Zaltan, Black Zone Myth Chant) tombent à point nommé pour déjouer les conventions d'une scène technoise devenue trop routinière.

Low Jack s’est imposé avant tout par sa singularité: un pied dans le clubbing, l'autre dans l'expérimentation abstraite. Ses influences? Côté pile: les années acid-indus' de Bunker Records, les déflagrations sinusoïdales de Pan Sonic, la techno désaxée de Cristian Vogel, le groove ésotérique et salace de George Issakidis, la ghetto house à la Dance Mania, le hip-hop East Coast et tous ces reliquats funk "tombés du camion". Côté face: le noise à gros bras, la transe ethno-chamanique, l'improvisation free-punk, l'ambient post-industriel, la drone music ou le power electronics. Mais certainement pas cette club music bien dans les clous, conventionnelle et un peu bourrine sur les bords, qu'il joue parfois dans ses sets mais se sent bien incapable de produire.

Quant à ses propres productions, si elles sont le plus souvent bâties autour de la frénésie rythmique, elles tendent plutôt vers l'introspection et le deep listening, puisant leur capacité d'envoûtement dans ses racines d'Amérique Centrale.

Percussions obsessionnelles, grondement sourd d'un moteur, venin des stridences, fréquences hélicoïdales... La musique de Low Jack n'a plus grand chose à voir avec de la techno, mais s'apparente de plus en plus à une transe primitive et organique où des polyrythmies afro-cubaines se seraient substituées au métronome des BPM. Boosté par un martèlement d’infrabasses où vient se greffer un va-et-vient d’interférences et une boucle de marimbas entêtante jusqu'au vertige, le titre FM Sticks évoque la rencontre au sommet entre Francis Bebey et This Heat. Et collera des sueurs froides aux poseurs d'étiquettes. Quant aux deux parties de Sticks Joint, elles s'articulent autour d'un fracas de tambour-major (part 1) et de tronçons rythmiques (part 2) qui viennent s'enchâsser les uns dans les autres, se retrouvant peu à peu corrodés, rongés par une marée de fréquences et d'infimes variations de timbre et d'amplitude. On songe alors aux pièces sonores de l'artiste de land art  Walter de Maria, qui confrontait un jeu de batterie frénétique à des enregistrements de nature.

Sur ces trois morceaux ensorcelants, Low Jack fait imploser le cadre conventionnel de l’écoute et érige un paysage sonore au carrefour entre le cosmic jazz, la musique concrète et le rituel chamanique. Aride comme le sol craquelé d'un désert et hanté par les grigris vaudou, cette séance d'hypnose percussive inaugure en beauté les Red Bull Sudios Paris Sessions.

Texte : Julien Bécourt
Photo : Philippe Lévy
Artwork : Laurent Fétis et Sarah Martinon
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