OLAF HUND, THE DANCE HOLE

paris editor / November 10, 2016

Le plus inclassable des producteurs français fête cette année les 20 ans de son label Musique Hybrides, et met - plus que jamais - un point d'honneur à être là où on ne l'attend pas. Entre deux sessions d'enregistrement avec le légendaire Tony Allen et l'élection surprise de Donald Trump, Olaf fait le point sur une carrière riche en chemins de traverse et nous livre au passage un live enregistré dans le plus déviant des lieux de nuit parisien : le Péripate. Fermez les yeux, vous êtes à Porte de la Villette.

Donald Trump vient d'être élu. Alors, heureux ?
Je ne suis pas forcément pour que les artistes se prononcent sur la politique. Généralement ça donne des trucs peu substantiels genre "la guerre c'est mal". Néanmoins, pour célébrer l'arrivée pitoyable de l'extrême droite aux USA, je me suis rasé le crâne pour être dans l'extrême de l'actualité. Sinon, j'essaie de positiver en me disant comme Slavoj Žižek que les 5 ans qui viennent permettront aux politiques de se redéfinir mais en vrai j'ai les boules. Pour être clair : Fuck Donald cancer face Trump !

Ton label, Musiques Hybrides, fête ses vingt ans cette année, quel regard portes-tu sur cette période, qu'est ce qui a changé en vingt ans ?
Quand j'ai choisi d'appeler mon label Musiques Hybrides en 1995-1996, le terme appartenait à la botanique uniquement. Je voulais prôner l'idée du mélange culturel et l'idée d'oeuvres et d'êtres qui existent en eux-mêmes sans avoir à envier une origine plus qu'une autre. Je voulais éviter d'utiliser le terme "métisse" qui cache plus de racisme que de tolérance (rejet d'un côté comme de l'autre). A l'époque personne ne comprenait ce mot. Je me retrouvais avec des courriers pour Musiques Et Bruits. Aujourd'hui, tout est vu comme hybride, tout le monde est hybride, le mot est utilisé dans toutes les pages cultures et le terme est connu de tous. Malgré cela, on en a fait une identité à deux sources distincts comme les moteurs et Trump s'est fait élire avec ses propos racistes. Le racisme et la consanguinité qui va avec ont apparemment de l'avenir mais les hybrides en ont aussi. A suivre.

Tu es venu travailler avec Tony Allen au studio, comment vous êtes-vous rencontrés ? Peux-tu nous en dire plus sur ce disque, et ce projet de disque Franco-Allemand ?On s'est rencontré en Haïti ou j'étais invité par l'Institut Français à jouer du synthé sur un projet afro-vaudou avec des musiciens locaux et lui. Pour des problèmes de passeport, je suis arrivé le jeudi au lieu du lundi. Tony était stressé par la situation avec les musiciens sur place. Après avoir joué un morceau ensemble, il a dit "now we got the color, we can have a break". J'étais avec Mark Mullholland (guitare), le seul blanc dans la pièce... Les répètes étaient enregistrés. J'ai fini par mixer l'album. On se comprend bien avec Tony,  on entend les grooves et peut les jouer avec toutes les nuances possibles du binaire au ternaire. Là c'est l'invitation retour et le résultat est surprenant et inventif. Un Talking Heads version 2016 comme disait Eric Trosset, son manager.
Certains titres vont fort probablement être sur mon prochain album mais il est possible que cela deviennent un projet en soi.

A propos de mon prochain album, il sera sur mon identité multiculturelle, européenne, franco-allemande (et banlieusarde). Il sera trilingue car être européen c'est aussi parler anglais (malgré le "brexit"). La montée de l'extrême droite me fait prendre conscience qu'il ne faut pas prendre pour évidence nos credo de tolérance et d'hybridité mais les transformer en acte et en identité. Parfois de façon engagée comme dans le titre electro-funk "Nation Hybride" que je chante avec Marco Prince mais aussi avec humour... L'album va probablement s'appeler Ouais C'est La Fête.

Peux-tu nous dire quelques mots sur le live que tu présentes ici ?
Après 20 ans de bons et loyaux services et propositions électroniques inventives sans tenir compte du dancefloor conventionnel, j'ai réalisé grâce à mes amis du collectif Berlinons Paris qu'aujourd'hui on s'en bats les couilles de jouer Trance ou Trance Goa et que les clivages sont finis. J'ai donc créé The Dance Hole il y a un an et demi. C'est un projet d'improvisation électronique orienté techno. Dès que j'ai mis en place mon album sous mon propre nom, je me mettrai à produire des titres pour TDH ... L'impro totale te met en connexion complète avec le public. Que du kiff quoi !