La Mverte The Inner Out

June 15, 2017

Sa musique sonne comme une rencontre impromptue entre Dj Hell et le groupe DAF dans la cuisine de Werner Schroeter, à Berlin en 1982. Il revient après une poignée de maxis remarqués, une collaboration avec Alejandro Paz qui a pris corps dans les studios de la RBMA à Tokyo. Voici en avant-première un extrait de son premier album – enregistré en partie au Red Bull Studios Paris - à paraître après l’été chez l’excellent label français Her Majesty’s Ship. Explications.

Quelles références avais-tu en tête en travaillant sur ce disque ?

La Mverte : Je me suis beaucoup nourri lors de chaque étape de la réalisation de ce disque. J’ai des idées musicales, des plans, de thèmes musicaux, mais j’ai à la fois envie et besoin de les accrocher à une thématique, une histoire, un souvenir pour les faire exister. Pour ce premier album, j’ai notamment été piocher dans mes souvenirs de jeunesse et ma passion d’alors pour la mythologie grecque, ses histoires incroyables et ses symboliques fortes. Je me suis aussi baigné de fantastique, notamment avec des classiques comme le Faust de Goethe, ou Dr Jekyll & Mister Hyde de Stevenson. Je me suis également tourné vers mes précédents morceaux et leurs inspirations, comme la Divine Comédie de Dante qui était la base de mon premier EP, Through The Circles, en 2014. D’un point de vue plus musical, c’est plus difficile pour moi d’être assez concis de par la variété de ce que j’écoute, et qui peut m’influencer, directement ou indirectement. Au final, j’ai surtout essayé de me concentrer sur mes propres morceaux afin de les faire exister grâce à ce que j’espère être leur identité propre.

Que représente le format "album" pour toi ? Ce dernier a-t-il toujours un sens à l'ère du streaming ?
La Mverte : Dans les années 70, 80, les artistes enregistraient leurs albums au retour d’une tournée. Aujourd’hui, les artistes enregistrent des albums dans le but de tourner. La logique est inversée, il ne s’agit plus de prendre une photographie musicale à un moment donné, mais d’essayer de se placer avec pour objectif de jouer et de « vendre un show ». De la même manière, l’avènement du streaming, des playlists et de la fonction « random » semble en effet remettre en cause le principe de l’écoute d’un album dans son entièreté, puisque constamment à la recherche du single, du morceau parmi les autres. Malgré tout, j’aime à penser que l’album représente plus que cela. En tout cas, pour moi, il représente bien plus qu’une compilation de morceaux destinés au streaming, ou qu’une plaquette commerciale à distribuer pour tourner. Comme évoqué dans la réponse précédente, j’aime relier les morceaux à des histoires, des souvenirs, des symboles. Pour moi, l’album est l’occasion de raconter une histoire plus complexe, plus longue qu’avec un format plus réduit comme l’EP, sans rentrer évidemment dans des considérations de concept-album. C’est l’occasion de sortir de l’efficace, de prendre le temps. Cela sonne peut-être naïf mais je trouve cela justement important, à l’heure de l’instantané. L’album incarne aussi une aventure, celle d’un artiste avec son label, de choix, d’expérience. C’est un processus long, fastidieux et parfois douloureux, mais dont on sort grandi, je crois. C’est une sorte d’épreuve du feu finalement, dont le sort se scelle à plusieurs, avec ses collaborateurs. Pour moi, c’était aussi l’occasion de faire un bilan personnel de mon encore très jeune projet. De rassembler mes expériences, certaines idées que je n’avais pas encore pu ou su exploiter et de les injecter dans le disque, dans ses morceaux.

Comment ce disque va-t-il influencer ton live ?
La Mverte : Je dois dire d’abord que le live a directement influencé le disque. D’une part du fait de l’expérience accumulée sur la route, des idées de morceaux notées avec la perspective de les produire puis de les jouer. D’autre part, parce qu’à la différence de mes précédents disques, j’ai quasiment tout joué « à la main » et beaucoup moins utilisé de séquenceurs lors de la production des morceaux, ce qui amène forcément des erreurs mais aussi un sentiment plus vivant, justement. J’essaye de faire en sorte que ma musique, certes électroniques, soit chaude et organique, et je trouve que ce procédé y participe assez. En ce qui concerne le live en lui-même, je vais garder la même structure et le même noyau dur de machines que celui mis en œuvre pour jouer mes précédents EP sur scène. C’est un système qui me convient bien, et qui je crois me permets d’avoir de nombreux moyens de restituer mes morceaux. Il va y avoir des aménagements bien sûr, afin que je puisse jouer les morceaux de l’album qui sont plus denses que ceux de mes précédents EP. Nous y réfléchissons en ce moment même avec mon tourneur, My Favorite.

Quels sont tes plans pour les mois qui viennent ?
​La Mverte : Nous avons beaucoup à faire encore dans les prochains mois, avec le label Her Majesty’s Ship mais aussi mon tourneur et mon éditeur. Je suis en train de monter le live et d’adapter les nouveaux morceaux, mais aussi de réadapter les anciens au regard de l’album. Nous avons également des clips à pitcher, tourner, pour mettre en image les morceaux que nous avons voulu mettre en exergue. Nous sommes déjà en train de préparer la rentrée à différents niveaux, ce que j’attends avec impatience, avec le début de la tournée également. J’ai hâte de reprendre la route. Sinon, j’ai aussi quelques idées pour cet été. J’ai déjà de nouvelles idées de côtés, pour faire un EP peut être un plus orienté « club » que l’album ne peut l’être. J’ai également des morceaux déjà amorcés dans le cadre d’une collaboration que j’espère pouvoir finir cet été. Sur une note plus personnelle, j’aimerais bien prendre quelques jours de vacances également. Cela fait longtemps, et je crois que c’est vraiment devenu nécessaire.