Cuizinier & Orgasmic Summer Mixtape

August 30, 2017

Transfuges de la nébuleuse TTC x Institubes x Sound Pellegrino, Orgasmic Le Toxicologue et Cuizinier n'ont pas pris de vacances. A la place, ils ont collé sur bande un nouveau single (sortie imminente), dont ils déclinent les influences dans cette mixtape irrévérencieuse, vantarde et revancharde mêlant afrobeat en version occidentale, baile funk version 2000 et hip-pop catchy. Get in, bitch !

Comment s'est déroulé votre été ?
Orgasmic : Un été studieux pour ma part, comme tous les étés depuis que je mène cette vie. Cette saison est une période où les djs et producteurs sont généralement assez occupés entre les festivals qui s'ajoutent aux clubs, la production et l’organisation de la fin de l'année et le début 2018.
Cuizinier : J’ai travaillé : je suis monteur depuis quelques années, c'est la période de l'année où les boîtes de production travaillent et par conséquent je fais mes heures d'intermittent jusqu'à la fin de l'année. J’ai également enchaîné les dj sets avec les soirées Major Key en partenariat avec Open minded et Auguri qui accueillent à chaque fois un showcase de rap français et Matou, Nodey et moi nous occupons de la sélection musicale.

Vous avez pris du temps pour travailler ensemble sur un nouveau projet, quel est sa nature ?
Orgasmic : C'est un single, face a, face b, la concrétisation d'une envie de montrer que nous sommes toujours présents et ravis de la tournure que prend la musique urbaine en cette période. Ce n'est pas maintenant que le rap devient ce pour quoi nous nous sommes battus qu'on va s'arrêter et ne pas profiter de cette ère où tout est possible, surtout après 25 ans de purge ! Ayant grandi dans les années 80, bercé par une une musique pop super audacieuse, créative et ouverte sur le monde, je ne suis pas mécontent d'en finir avec les Obispo, Zazie et consorts… Avec cette approche fadasse et pleurnicheuse que je retrouvais aussi dans le rap, puisque j'ai toujours considéré ce genre comme la pop musique ultime. Le propre du rap c'est justement l'appropriation et le détournement, c'est le genre où tu inclues tes influences par excellence, un genre tourné vers l'extérieur. La fin de ce monde industriel sonne aussi la fin d'une époque artistique, la fin du diktat de la musique régie par des impératifs commerciaux. De toute manière, ce type de musique sera bientôt fabriqué par des logiciels (certes programmés par des humains mais bon ...) et comme pour tout le reste, malgré l'automatisation et la robotisation grandissante l'humain apportera une plus-value grâce à ses capacités cérébrales, son empathie. Je crois que la mixtape que nous avons réalisée pour accompagner notre prochain single exprime assez bien tout cela.
Cuizinier : Tout simplement l'envie de faire de la musique ensemble à nouveau. Mon dernier album est sorti il y'a un moment et l'excitation de créer me manque un peu... C'était la bonne occasion. Malgré quelques exceptions de rappeurs légendaires qui ont dépassé la quarantaine, le rap est indéniablement un "truc de jeune" c'est pour cette raison que je n'en fais quasiment plus. J’ai beaucoup donné pour cette musique, ma vie a changé et c’est pour cela que je me suis orienté vers le djiing pour garder un contact avec l'industrie. Malgré mes tendres vannes envers les rappeurs d'aujourd'hui avec ces deux morceaux plutôt egotrip, je trouve qu'ils font dans l'ensemble du bon boulot, bravo à eux et place à la jeunesse.

Qu'y-a-t-il sur cette mixtape ?
Orgasmic : Un mélange de musiques urbaines vocales de différentes périodes - je dirai de début 2000 à nos jours - qui se marient pour former le mix que j'écouterai si j'étais sur le point de rentrer à Paris après deux semaines de vacances et que l'on faisait une dernière pré-soirée autours de la piscine ! Je commence avec une version afro de Liberian Girl de Michael Jackson par ce que pour moi les sonorités de ce genre particulier d'afrobeat m'y fait terriblement penser, mais aussi dans l'intention, ainsi qu'au générique des Razmoket. C'est aussi pour cela que j'ai inclus ce morceau de blackstreet qui figurait sur la BO du long métrage tiré de la série. J'ai aussi décidé de mettre quelques morceaux d'un format de baile funk brésilien moins connu ici, le Rasterinha qui tourne autours des 95 bpm et non 130 comme les autres morceaux de baile. Parfois tu as les deux à la fois dans le même track, comme ces morceaux de rumba congolaise que je trouve fascinant dans leur construction, parfois 3 mouvements différents dans une même chanson de 8-9 minutes… Je pense qu'il y a des idées à trouver partant de ce postulat et en le transposant à d'autre genres… producteurs je dis ça je ne dis rien ....
Cuizinier : Pour ma part une sélection des derniers morceaux que j'ai adorés ainsi que quelques trucs plus vieux mais efficaces qui collaient bien à l'idée d’un mix pour l'été.

Le premier album de TTC est sorti il y a pile 15 ans, quel regard portez-vous sur ce disque et cette époque ?
Orgasmic : Sincèrement je ne l'ai jamais réécouté depuis qu'on ne le joue plus sur scène et je n'en ai aucune envie ! Je serais peut-être surpris dans le bon sens qui sait, de plus j'étais moins présent dans le groupe à cette époque-ci, mais quand j'y pense ce qui me vient à l'esprit, c'est qu'il y avait De pauvres riches qui est une chanson qui tourne en dérision les bobos de l'époque, on se battait déjà contre une certaine forme de bien-pensance finalement. C'est ce que je retiendrai, avec le fait que nous ayons été obligé de signer à l'étranger par ce que les maisons de disque françaises étaient trop frileuses pour avoir le courage de signer et défendre un groupe comme le notre.
Cuizinier : Ce disque c’était le début d'une épopée, nous venions de signer chez Big Dada et c’était pour nous une opportunité incroyable de nous faire entendre, de rentrer dans la cour des grands même si la démarche était super indépendante. Aujourd'hui avoir une proposition de maison de disque a perdu de sa valeur mais à notre époque il fallait passer par là. Je garde un souvenir extraordinaire de nos premières dates, j'avais 21 ans notre album était sorti un an plus tôt et nous avions rappé à New York, nous nous envolions pour le Japon pour y jouer… Au décollage cette sensation de réussite restera gravée à jamais et ce n'était que le début.

Qu'est ce qui vous excite dans le rap français de 2017 ?
Orgasmic : De voir des rappeurs comme Kekra ou MHD évoluer au fil du temps par exemple… Avant tu ne voyais, ne savais pas grand chose des rappeurs tu avais un disque tous les deux trois ans, quelques interviews, peu de tournées sauf pour les plus gros. Maintenant tu suis leur évolution en direct donc il faut être plus indulgent quand on a connu une autre époque, c'est à cause du peu d'informations que l'on idéalisait. Je les cite également comme exemple par ce que justement, ils intègrent leurs influences, leur monde à leur musique, même si ça semble pour l'instant moins flagrant chez Kekra. La chanson 9 Mili par exemple, personne d'autre que lui n'aurait pu penser à mixer du 2 step à du rap français 3.0 et évidemment comme il le fait très bien par ce que ça vient vraiment de lui… le résultat est probant. Ce que je vois aussi en ces deux là c'est le retour d'une grande pop musique dansante et pas que chez eux d'ailleurs. Pour moi Rita Mitsouko par exemple c'est la même chose et je pourrai citer des dizaines d'artistes de cette époque. J'en veux pour preuve qu'il n'y avait jamais eu autant de musique chantée en français diffusée dans les clubs depuis cette époque.
Cuizinier : Ce qui m'excite c'est la nouveauté, le fait que quelqu'un arrive avec son délire. Le problème aujourd'hui c’est qu’il y'a une recette et tout le monde l’applique pendant 3 mois… Ça ne m'excite pas du tout, ceci étant pleins de mc’s tirent leur épingle du jeu en restant eux mêmes, c’est presque ce qu’il y'a de plus important pour moi. Ensuite il y'a la maîtrise et la technique qui me sont chères. Des mecs comme Kalash Criminel, 13block ou Jorrdee dans un autre registre, défoncent.

Quels sont vos plans pour la suite ?
Orgasmic : Récolter ce que l'on a semé durant toutes ces années, le temps de la moisson est venu.
​Cuizinier : Exactement la suite c’est la célébration.